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Innovation et propriété intellectuelle dans la Francophonie : les enseignements de l’étude de l’OMPI présentée à Genève

23 juillet 2026 par
Innovation et propriété intellectuelle dans la Francophonie : les enseignements de l’étude de l’OMPI présentée à Genève
Alliance francophone de la propriété intellectuelle

 Crédit photo Droits d’auteur : OMPI. Photo : Emmanel Berrod. 

À l’occasion de la conférence annuelle de l’Alliance Francophone de la Propriété Intellectuelle, organisée le 10 juillet à Genève, M. Sacha Wunsch-Vincent, Coéditeur de l’Indice mondial de l’innovation et Chef de section à la Division de l’économie et des statistiques de l’OMPI, a présenté les résultats de l’étude consacrée à « L’état des lieux de l’innovation et de la propriété intellectuelle dans la Francophonie : atouts et dynamiques positives à la lumière des travaux de l’OMPI »

Cette intervention a permis de mettre en lumière les forces, les évolutions et les perspectives de l’écosystème francophone en matière d’innovation et de propriété intellectuelle, à partir des analyses et indicateurs développés par l’OMPI. Nous avons profité de cette présentation pour lui poser trois questions.


Quels sont, selon vous, les principaux enseignements des travaux menés sur l'état de l'innovation et de la propriété intellectuelle dans l'espace francophone ?

Sacha Wunsch-Vincent : Nous saluons d'abord le fait que l'innovation et la propriété intellectuelle prennent place dans la discussion francophone, aux côtés des questions de langue et de culture qui la structurent depuis longtemps. C'est un développement clé, et l'OMPI est heureuse d'y contribuer.

Trois enseignements ressortent des travaux menés.

Premièrement, la Francophonie innove à tous les niveaux de revenu. L'édition 2025 de l'Indice mondial de l'innovation couvre 38 économies francophones et 776 millions d'habitants, de la Suisse au Niger. La Suisse est première au monde pour la quinzième année consécutive, la France treizième et le Canada dix-septième, et six économies francophones figurent parmi les vingt-cinq premières. Au-delà des économies en tête, le Viet Nam, le Maroc, la Tunisie, le Rwanda et Madagascar dépassent nettement les attentes liées à leur niveau de revenu.

Deuxièmement, les résultats progressent. Les dessins et modèles industriels croissent de 13% par an depuis 2015, les exportations de haute technologie de 6 %, la valeur des marques de la Francophonie dans les 5 000 premières mondiales de 4 %. Huit pôles d'innovation figurent parmi les cent premiers mondiaux, Paris, Toronto, Zurich, Bruxelles-Anvers et Montréal en tête.

Troisièmement, le financement de l'aval reste le point de tension. Le capital-risque a reculé de 15,1 % en 2023-2024, la dépense de R&D ne progresse que de 1,4 % à court terme, et les dépôts PCT n'augmentent que de 0,3 % par an sur dix ans.

 

L'étude met en évidence une grande diversité de situation parmi les 38 économies francophones analysées. Quels sont les principaux facteurs qui expliquent les écarts observés en matière de capacité d'innovation ? Quels sont les exemples particulièrement inspirants que vous retenez au sein de ces pays ?

S. W-V : La diversité des 38 économies francophones est réelle. Le groupe s'étend de l'Europe à l'Afrique subsaharienne, à l'Afrique du Nord et l'Asie occidentale, et à l'Asie du Sud-Est, et il réunit quatre groupes de revenu. Les moyennes du groupe disent donc peu de chose ; ce qui compte, ce sont les trajectoires.

Les écarts observés tiennent d'abord à la profondeur des systèmes de recherche et à la densité des liens entre université, entreprise et propriété intellectuelle. La R&D des entreprises reste très concentrée : sur les 128 sociétés francophones recensées parmi les investisseurs mondiaux, 126 relèvent de cinq économies à revenu élevé, seuls le Viet Nam et la Roumanie faisant exception. L'écart le plus large se situe sur la production de connaissances et de technologie, avec un score de 19,8 pour la Francophonie contre 33,3 pour les soixante-dix premières économies mondiales.

Plusieurs exemples nous paraissent particulièrement inspirants. Le Viet Nam se situe au-dessus des attentes depuis quinze années consécutives, l'une des plus longues séries au monde. Le Maroc signe son meilleur classement à ce jour, porté notamment par les dessins et modèles. Maurice devance toutes les économies d'Afrique subsaharienne, et le Sénégal se classe cinquième du groupe. Madagascar obtient un rang de résultats, 96e mondial, bien au-dessus de son rang de moyens.

 L'Université Mohammed VI Polytechnique, l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Tunis El Manar et l'Université du Rwanda affichent des scores d'engagement industriel et international élevés, et des entreprises comme CFAO Motors en Côte d'Ivoire ou Unilever Ghana atteignent des intensités en actifs incorporels comparables à celles d'entreprises européennes.

Ce que ces exemples ont en commun mérite d'être documenté.

 

Au regard des résultats de cette étude, comment l'Alliance francophone de la propriété intellectuelle peut-elle contribuer à transformer les atouts de la Francophonie en opportunités économiques, scientifiques et technologiques ?

S. W-V : L'Alliance francophone de la propriété intellectuelle réunit déjà l'essentiel de la chaîne, des offices régionaux comme l'OAPI aux offices nationaux tels que l'OMPIC et l'OPIC, en passant par la CPCCAF et l'AUF. C'est un atout rare. Le chaînon qui reste à consolider est le partage systématique des pratiques qui fonctionnent.

Quatre leviers concrets nous paraissent tirés de ce que montrent les données.

Premièrement, faire du PCT et des systèmes de Madrid et de La Haye des instruments de croissance. La poussée des dessins et modèles industriels, en progression de 13 % par an depuis 2015, indique que la demande existe.

Deuxièmement, financer l'aval. Le capital-risque est le seul indicateur en recul marqué, et c'est aussi le plus rapide à corriger, par des dispositifs d'amorçage, de capital-risque et de garanties.

Troisièmement, relier université et entreprise en s'appuyant sur des pôles qui existent déjà : Mohammed VI Polytechnic, Cheikh Anta Diop, Tunis El Manar, Hanoï et l'Université du Rwanda.

Quatrièmement, apprendre des économies qui convertissent leurs moyens en résultats mieux que la moyenne, le Maroc en particulier, en documentant ce qui marche.

L'Indice mondial de l'innovation peut servir de socle commun. Il fournit des données comparables, disponibles en français, sur lesquelles adosser les stratégies nationales de propriété intellectuelle et identifier les complémentarités entre membres. L'OMPI est prête à en assurer une mise à jour régulière avec l'Alliance et à en faire un outil pour combler les écarts identifiés et valoriser les complémentarités clés entre les économies du groupe.

 Découvrez la synthèse de l'étude

 

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